Au Danemark, au Canada, en Grande-Bretagne : les chiropracteurs mobilisés pour le triage des patients présentant des douleurs musculosquelettiques.


Le terme est inélégant mais clair… le triage est un processus visant à déterminer à la phase initiale de la prise en charge d'un patient, la filière adaptée à son état en termes de délai et de type de soins. Dans différents pays, les chiropracteurs sont sollicités par le service public de santé pour contribuer au triage des patients présentant des douleurs musculosquelettiques.

A l’étranger, des expériences concluantes

Améliorer les résultats et la satisfaction pour les patients atteints de lombalgie persistante ou récurrente et/ou difficile à gérer ; diminuer la prévalence de la lombalgie chronique difficile à gérer ; réduire l’utilisation des opioïdes par une prise en charge non pharmaceutique précoce ; diminuer le volume d’imageries de la colonne lombaire (p. ex. IRM) ; réduire le nombre de visites inutiles aux urgences liées à la lombalgie ; diminuer le nombre de consultations de spécialistes de la douleur lombaire qui ne sont pas nécessaires… tels sont les ambitieux objectifs des cliniques d’accès rapide pour le traitement de la lombalgie, mis en place au Canada depuis plus de dix ans.

Ce programme, lancé en 2012 par les autorités de santé et évalué en 2018, propose un modèle de soins partagés entre différents professionnels où un patient peut avoir à consulter un ou plusieurs soignants de l’équipe de soins selon ses symptômes et ses besoins cliniques. Le patient est d’abord évalué par un praticien en soins avancés (un chiropracteur, un physiothérapeute ou un infirmier praticien spécialement formé) qui se trouve près de chez eux. Le praticien en soins avancés fait une évaluation complète et normalisée du patient et produit un plan d’autogestion personnalisé pour l’aider à gérer sa douleur. Les patients qui sont des candidats potentiels à la chirurgie sont aiguillés par leur praticien en soins avancés vers un responsable des pratiques pour une évaluation plus en profondeur et pour la prise en charge. Les responsables des pratiques sont des professionnels de la santé travaillant à l’hôpital (des chiropracteurs, des physiothérapeutes ou des infirmiers praticiens) qui sont spécialement formés par des chirurgiens de la colonne vertébrale pour mieux évaluer et traiter les candidats à la chirurgie potentiels. Le responsable des pratiques fait des demandes d’imagerie diagnostique (p. ex. IRM), recommande les interventions avancées appropriées (p. ex. infiltrations rachidiennes) et aiguillera les patients vers un chirurgien si cela est indiqué. Et les résultats sont là. Délais de prise en charge raccourcis, baisse du recours aux IRM, diminution des délais de consultations, et conséquemment, forte augmentation de la satisfaction des patients, qui sont 97% à plébisciter leur prise en charge.

Plus proche de nous, au Danemark, le Spine Center of Southern Denmark, de l’hôpital universitaire de Lillebaet, suit une démarche assez proche, et tout aussi pluriprofessionnelle. Diagnostiquer et traiter les patients qui présentent des désordres vertébraux, pour améliorer leur qualité de vie, tel est l’objectif déclaré de cette structure hospitalière de pointe accueille 14000 de ses patients dans son service de médecine du rachis, où ils sont pris en charge par 6 rhumatologues, 13 chiropracteurs, 28 kinésithérapeutes et 13 infirmières. Les cas les plus critiques sont quant à eux orientés dans le service de chirurgie du rachis, où s’affairent 10 chirurgiens, 5 kinésithérapeutes et 44 infirmières. Naturellement, les services de médecine et de chirurgie coopèrent au bénéfice du patient, en amont et en aval des actes chirurgicaux. Ce centre est aussi un lieu de recherche clinique en médecine et en chirurgie du rachis.

Rien d’étonnant alors dans le fait qu’en Grande-Bretagne, dans ce même objectif de désengorgement d’un système de santé saturé, l’Anglo-European College of Chiropractic ait mis en place un partenariat avec les établissements du National Health Service (NHS) dans le comté du Dorset. Dans les locaux mêmes de l’école, les étudiants en chiropraxie sont engagés dans le triage de 700 patients souffrant de troubles des membres inférieurs. Pour cela, une équipe pluridisciplinaire de quatre chiropracteurs et de trois médecins est constituée. 

En France, le système public de santé se passe de l’expertise des chiropracteurs. Mais pourquoi ?

Pour Audrey Yargui, présidente de l’association française de chiropraxie, « Au Canada, au Danemark, ou en Grande-Bretagne, la chiropraxie bénéficie d’un degré d’intégration très élevé dans le système de santé. En France, l’AFC porte le projet d’une meilleure intégration des chiropracteurs dans le système de santé, sans être entendue à ce jour par les ministres de la Santé successifs, et ce malgré les recommandations de l’Inspection générale des affaires sociales qui soutiennent la reconnaissance des chiropracteurs en tant que professionnels de santé. Alors même qu’en France, comme ailleurs, les troubles musculosquelettiques sont en augmentation constante, alors même que les délais de prise en charge partout sur le territoire s’allongent, faisant peser sur les patients un risque de chronicisation de leurs douleurs… rien ne bouge. Nous appelons à lever les corporatismes et les conservatismes de sorte à ce que les chiropracteurs puissent prendre toute leur place dans la prise en charge des TMS. Le système de santé français peut-il décemment s’en priver ? En priver les patients en souffrance ». 


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